En bref : le Code du travail fixe trois niveaux d'exposition au bruit. 80 dB(A) déclenche la mise à disposition de protecteurs auditifs, l'information et la formation des salariés. 85 dB(A) impose un programme de réduction du bruit, la signalisation des zones bruyantes et le port effectif des protections. 87 dB(A) est une valeur limite à ne jamais dépasser, et c'est la seule appréciée protection auditive comprise.
Dans un atelier, la discussion sur le bruit tourne souvent court : « on a des casques, donc on est en règle ». C'est une lecture incomplète du texte. Les protecteurs auditifs ne sont qu'une mesure parmi d'autres, ils ne comptent que pour l'un des trois seuils, et la plupart des obligations s'appliquent même quand chaque salarié porte ses bouchons. Pour s'y retrouver, il faut d'abord comprendre ce qui est mesuré.
Comment se mesure l'exposition au bruit ?
La réglementation utilise deux indicateurs, rappelés par l'INRS dans son dossier sur le bruit.
Le premier est le niveau d'exposition quotidienne, noté Lex,8h et exprimé en dB(A). Il ramène tout le bruit reçu pendant la journée à une durée de référence de huit heures. C'est l'indicateur des expositions longues : une ligne de production, une scie, un compresseur qui tourne toute la journée.
Le second est le niveau de pression acoustique de crête, exprimé en dB(C). Il capte les bruits très brefs et très forts : un coup de marteau sur une tôle, un tir de cloueur, une détonation. L'INRS souligne qu'au delà de 135 dB, toute exposition, même très brève, est dangereuse.
Un point déroute souvent : les décibels ne s'additionnent pas comme des kilos. L'INRS donne l'exemple d'une machine qui produit 80 dB(A). Deux machines identiques donnent 83 dB(A), trois en donnent 85, cinq atteignent 87, et dix montent à 90 dB(A). Inversement, arrêter une machine sur deux ne fait gagner que 3 dB(A). Un atelier qui ajoute « juste une machine de plus » peut donc franchir un seuil sans que personne ne s'en rende compte à l'oreille.
Les trois seuils fixés par le Code du travail
L'article R4431-2 du Code du travail fixe trois niveaux, chacun exprimé à la fois en exposition quotidienne et en crête. L'exposition est déclenchante dès que l'une des deux valeurs est atteinte.
| Niveau réglementaire | Exposition quotidienne | Crête | Ce que l'employeur doit faire |
|---|---|---|---|
| Valeur d'exposition inférieure | 80 dB(A) | 135 dB(C) | Mettre des protecteurs auditifs adaptés à disposition (R4434-7), informer et former les salariés (R4436-1), permettre un examen audiométrique préventif (R4435-2) |
| Valeur d'exposition supérieure | 85 dB(A) | 137 dB(C) | Établir et mettre en œuvre un programme de mesures de réduction (R4434-2), signaler et délimiter les zones bruyantes, en limiter l'accès si c'est faisable (R4434-3), veiller au port effectif des protecteurs (R4434-7) |
| Valeur limite d'exposition | 87 dB(A) | 140 dB(C) | Ne jamais la dépasser. En cas de dépassement : réduire immédiatement l'exposition, rechercher les causes et adapter les mesures (R4434-6) |
Ces obligations se cumulent. Un poste exposé à 86 dB(A) relève à la fois des mesures du premier et du deuxième niveau.
La subtilité tient à l'article R4431-3. Pour la valeur limite, l'exposition tient compte de l'atténuation apportée par les protecteurs auditifs que porte le salarié. Pour les deux autres seuils, on raisonne sans protection. Concrètement, un opérateur exposé à 92 dB(A) au poste mais correctement équipé peut rester sous la valeur limite. En revanche, son poste dépasse toujours 80 et 85 dB(A) : programme de réduction, signalisation, formation et surveillance restent dus.
Dès 80 dB(A) : protéger, informer, former
Lorsque les risques ne peuvent pas être évités par d'autres moyens, l'article R4434-7 impose de mettre à disposition des protecteurs auditifs individuels appropriés et correctement adaptés. Le mot « adaptés » compte : un casque inconfortable, retiré au bout d'une heure, protège bien moins que ce qu'indique sa fiche technique. L'INRS rappelle que leur choix se fait avec les acteurs concernés, dont le médecin du travail, et que leur efficacité doit être vérifiée.
Au même seuil, l'article R4436-1 impose une information et une formation des salariés exposés, avec le concours du service de santé au travail. Le texte en fixe le contenu en huit points : la nature du risque, les mesures de prévention prises, les valeurs réglementaires, les résultats des évaluations et des mesurages, l'utilisation correcte des protecteurs, la manière de repérer et de signaler les signes d'altération de l'ouïe, les conditions d'accès au suivi de santé, et les pratiques de travail qui limitent l'exposition.
Enfin, l'article R4435-2 prévoit qu'un salarié exposé au delà de ce seuil peut bénéficier d'un examen audiométrique préventif, à sa demande ou à celle du médecin du travail. L'objectif est de diagnostiquer tôt une perte auditive due au bruit. C'est d'autant plus important que la surdité liée au bruit est irréversible, comme le rappelle l'INRS, alors que la fatigue auditive de fin de journée, elle, disparaît. Le premier signe est donc souvent ignoré.
Dès 85 dB(A) : réduire et signaler
Au deuxième seuil, l'employeur ne peut plus se contenter de fournir des protections. L'article R4434-2 l'oblige à établir et à mettre en œuvre un programme de mesures techniques ou d'organisation du travail destiné à réduire l'exposition. C'est un plan d'action, avec des mesures identifiées, un responsable et un calendrier, qui a toute sa place dans le document unique.
L'article R4434-3 ajoute que les lieux où l'exposition peut dépasser ce niveau sont signalés et délimités, et que leur accès est limité lorsque c'est techniquement faisable et que le risque le justifie. Le pictogramme bleu d'obligation de port d'une protection auditive à l'entrée de la zone, avec les protecteurs disponibles sur place, est la traduction la plus courante.
L'article R4434-7 change aussi de nature : au delà de 85 dB(A), l'employeur doit veiller à ce que les protecteurs soient effectivement portés. Mettre une boîte de bouchons à l'entrée ne suffit plus, il faut s'assurer de leur usage réel, par l'encadrement de proximité et par la formation.

87 dB(A) : la valeur à ne jamais dépasser
La valeur limite n'est pas un seuil d'action, c'est un plafond. Si, malgré les mesures en place, l'exposition la dépasse (protection auditive comprise), l'article R4434-6 impose de prendre immédiatement des mesures pour la ramener en dessous, de déterminer les causes du dépassement et d'adapter les mesures de protection et de prévention pour éviter qu'il se reproduise.
Dans la pratique, un dépassement révèle presque toujours l'une de trois situations : un protecteur inadapté au niveau de bruit, un protecteur retiré une partie de la journée, ou une source de bruit qui a évolué (machine usée, nouvelle cadence, nouvel équipement). C'est pourquoi la valeur limite se pilote par l'évaluation régulière, et non par un simple achat de casques plus performants.
Évaluer, mesurer, inscrire dans le DUERP
L'article R4433-2 organise la surveillance. L'évaluation des niveaux de bruit, et le mesurage si nécessaire, sont planifiés et réalisés par des personnes compétentes, avec le concours du service de santé au travail le cas échéant. Ils sont refaits à intervalles appropriés, notamment après une modification des installations ou des méthodes de travail susceptible d'augmenter le bruit. Lorsqu'un mesurage est réalisé, il est renouvelé au moins tous les cinq ans.
Le mesurage n'est donc pas systématique. Selon l'INRS, il devient nécessaire quand l'évaluation seule ne permet pas d'identifier les risques de façon fiable. Les mesures réalisées selon la norme NF EN ISO 9612 de mai 2009 sont réputées satisfaire aux exigences du Code du travail, en vertu d'un arrêté du 11 décembre 2015.
Les résultats sont transcrits dans le document unique, poste par poste ou unité de travail par unité de travail. Une modification de l'atelier ou de l'organisation est aussi un motif de mise à jour du DUERP, ce que beaucoup d'entreprises oublient pour le bruit.
Réduire le bruit avant de protéger les oreilles
Le protecteur auditif arrive en dernier dans la logique des principes généraux de prévention, qui privilégient la protection collective. L'article R4434-1 liste les leviers de réduction du bruit : d'autres procédés de travail moins bruyants, le choix d'équipements émettant le moins de bruit possible, la conception et l'agencement des locaux et des postes, l'information des salariés sur l'usage correct des équipements, la réduction du bruit aérien (écrans, capotages, correction acoustique des locaux), la réduction du bruit de structure par amortissement ou isolation, la maintenance des équipements, et enfin l'organisation du travail : durée et intensité de l'exposition, horaires, temps de repos.
À Bordeaux comme dans le reste de la Gironde, les situations les plus fréquentes sont connues : menuiseries, ateliers de mécanique, chaudronnerie, chantiers du BTP, tonnellerie, lignes d'embouteillage et de conditionnement. Dans chacune, un capotage, un silencieux sur un échappement d'air comprimé ou un simple déplacement de poste font souvent gagner davantage que le meilleur casque.
Bruit au travail : 7 points à vérifier dans votre entreprise
- 1Le risque bruit est-il évalué poste par poste dans le document unique ?Y compris les bruits brefs et forts (cloueur, frappe, air comprimé), qui relèvent de l'indicateur de crête en dB(C).
- 2Savez-vous quels postes dépassent 80 dB(A) et lesquels dépassent 85 dB(A) ?Sans cette distinction, impossible de savoir quelles obligations s'appliquent. Faites mesurer si l'évaluation ne suffit pas.
- 3Votre dernier mesurage date-t-il de moins de cinq ans ?Et a-t-il été refait après l'arrivée d'une nouvelle machine ou un changement d'organisation ?
- 4Un programme de réduction du bruit existe-t-il pour les postes au delà de 85 dB(A) ?Mesures techniques et organisationnelles, responsable désigné, échéances : c'est une obligation, pas une option.
- 5Les zones bruyantes sont-elles signalées et délimitées ?Pictogramme à l'entrée, protecteurs disponibles sur place, accès limité quand c'est faisable.
- 6Les protecteurs ont-ils été choisis avec le médecin du travail et les salariés ?Un protecteur confortable et adapté au niveau de bruit est porté. Un protecteur gênant finit dans la poche.
- 7Les salariés exposés ont-ils reçu l'information et la formation prévues ?Le contenu est fixé en huit points par l'article R4436-1 : gardez une trace de la formation et de son contenu.
Former les salariés et l'encadrement
La formation est l'obligation la plus souvent oubliée, alors qu'elle s'applique dès le premier seuil. Notre formation Prévention des risques liés au bruit dure une demi-journée. Elle explique le fonctionnement de l'audition et les effets du bruit, les valeurs d'exposition et les obligations attachées à chacune, la méthode d'évaluation des postes, puis le choix et le port des protecteurs auditifs, avec une trame de plan d'action. Elle s'adresse aux salariés exposés comme aux dirigeants, encadrants et membres de la CSSCT, en intra dans vos locaux à Bordeaux et en Gironde, avec une prise en charge possible selon les critères de votre OPCO.
Pour intégrer le bruit dans une démarche globale d'évaluation, la formation Document unique complète utilement ce module.
Seuils de bruit : testez-vous sur 5 questions
À partir de quelle exposition quotidienne l'employeur doit-il mettre des protecteurs auditifs à disposition ?
Passer à l'action
Reprenez votre document unique et classez chaque poste bruyant dans l'une des trois colonnes du tableau ci-dessus. Pour chacun, notez la mesure retenue, son responsable et son échéance. Contactez-nous pour former vos équipes ou construire votre plan d'action contre le bruit, à Bordeaux ou sur votre site.
Sources relues le 25/10/2026
Cet article s'appuie sur les articles R4431-2, R4431-3, R4433-2, R4434-1, R4434-2, R4434-3, R4434-6, R4434-7, R4435-2 et R4436-1 du Code du travail, lus sur le Code du travail numérique, et sur les pages « Réglementation », « Ce qu'il faut retenir » et « Définitions » du dossier Bruit de l'INRS ainsi que son focus juridique sur l'évaluation et la protection des travailleurs contre le bruit (mis à jour le 03/06/2026). Aucune statistique d'exposition ni aucun chiffre de sanction n'est repris. Vérifiez la version en vigueur des textes avant toute décision engageante.
Questions fréquentes
Quels sont les seuils de bruit au travail ?
L'article R4431-2 du Code du travail fixe trois niveaux. Les valeurs d'exposition inférieures sont de 80 dB(A) en exposition quotidienne ou 135 dB(C) en crête. Les valeurs d'exposition supérieures sont de 85 dB(A) ou 137 dB(C). Les valeurs limites d'exposition sont de 87 dB(A) ou 140 dB(C). Les deux premiers niveaux déclenchent des actions de prévention, le troisième ne doit jamais être dépassé.
À partir de quel niveau de bruit la protection auditive est-elle obligatoire ?
Dès que l'exposition dépasse 80 dB(A) ou 135 dB(C), l'employeur doit mettre des protecteurs auditifs individuels adaptés à la disposition des salariés, lorsque le risque ne peut pas être évité autrement. Dès 85 dB(A) ou 137 dB(C), il doit en plus veiller à ce qu'ils soient effectivement portés (article R4434-7).
Les bouchons d'oreilles comptent-ils dans le calcul de l'exposition ?
Seulement pour la valeur limite. L'article R4431-3 prévoit que l'exposition comparée aux 87 dB(A) et 140 dB(C) tient compte de l'atténuation des protecteurs portés. Pour les seuils de 80 et 85 dB(A), on raisonne sans protection : un salarié bien protégé reste donc concerné par les obligations de ces deux seuils.
Faut-il mesurer le bruit tous les ans ?
Non. L'employeur évalue l'exposition et ne mesure que si nécessaire. Quand un mesurage est réalisé, l'article R4433-2 impose de le renouveler au moins tous les cinq ans, et l'évaluation est refaite plus tôt si une modification des installations ou des méthodes de travail risque d'augmenter le bruit.
Une formation au bruit est-elle obligatoire ?
Oui, dès que l'évaluation montre une exposition égale ou supérieure aux valeurs d'exposition inférieures. L'article R4436-1 impose alors une information et une formation des salariés concernés, avec le concours du service de santé au travail, sur huit points : nature du risque, mesures prises, valeurs réglementaires, résultats des mesurages, usage des protecteurs, signes d'altération de l'ouïe, suivi de santé et pratiques sûres.

