En bref : dès que des salariés conduisent pour leur travail, le risque routier de mission doit être évalué et consigné dans le document unique. Cette évaluation commence par un état des lieux des déplacements, se prolonge par un plan d'actions en quatre axes (déplacements, véhicules, communications, compétences) et se met à jour dans la durée.
Le risque routier est souvent le grand absent du document unique. On y trouve le bruit de l'atelier, la manutention, le risque électrique, mais pas la route, alors même que beaucoup de salariés d'une PME de Gironde en dépendent chaque jour. Le risque routier professionnel n'est pourtant pas un sujet à part : c'est un risque comme un autre, avec une méthode d'évaluation précise, que l'INRS décrit pas à pas.
Quelle différence entre risque mission et risque trajet ?
L'INRS distingue deux situations. Le risque mission est celui de la conduite effectuée pendant le travail : il s'agit d'un acte de travail, que l'entreprise doit intégrer à son évaluation des risques. Le risque trajet est celui du déplacement entre le domicile et le lieu de travail. L'INRS note que le nombre d'accidents y est beaucoup plus élevé qu'en mission, et que le télétravail a réduit la fréquence de ces trajets, mais que le trajet est alors plus long même s'il est moins fréquent.
Côté droit de la sécurité sociale, l'article L411-2 traite comme un accident du travail l'accident survenu sur le trajet aller et retour entre la résidence et le lieu de travail, ou entre le lieu de travail et le lieu où le salarié prend habituellement ses repas, sous réserve de ne pas interrompre ni détourner le parcours pour un motif personnel étranger aux nécessités essentielles de la vie courante ou à l'emploi.
Ce qui ressort de ces textes est une règle simple de méthode : le risque de mission entre sans discussion dans votre document unique. Pour le trajet, rien n'interdit de s'en saisir (horaires décalés, covoiturage, télétravail), mais commencez par la mission, qui est sous votre responsabilité d'organisation.
Qui est concerné ? Tous les secteurs. L'INRS cite notamment les commerciaux, artisans, conducteurs routiers, professionnels de la maintenance, coursiers et salariés du BTP, mais aussi les salariés qui ne conduisent qu'occasionnellement : le chargé d'affaires qui rejoint un client deux fois par semaine fait partie du périmètre.
Pourquoi le risque routier doit-il figurer dans le document unique ?
L'article R4121-1 demande à l'employeur de transcrire et de mettre à jour dans le document unique les résultats de l'évaluation des risques, en inventoriant les risques de chaque unité de travail. L'article L4121-3 précise que l'évaluation tient compte des activités, des équipements, des procédés et de l'organisation du travail, que le CSE est consulté sur le document unique et ses mises à jour, et que l'employeur en tire des actions de prévention.
Pour le risque routier, cela signifie que la route entre dans le document unité de travail par unité de travail : tel profil de commercial, telle équipe de dépannage, telle tournée de livraison. Notre guide du DUERP rappelle comment structurer cette mise à jour, et l'article sur l'évaluation des risques en TPE et PME montre comment procéder avec peu de moyens.
Comment faire l'état des lieux des déplacements ?
L'INRS fait de l'évaluation le point de départ de la démarche. Elle comprend un état des lieux des déplacements (durées, horaires, véhicules, trafic, météo), l'analyse de leur organisation, l'identification des salariés exposés, l'examen des motifs de déplacement et l'analyse des accidents de mission passés. Les salariés concernés sont associés à ces étapes.
État des lieux du risque routier : 7 points à relever avant d'écrire le DUERP
- 1Quels salariés conduisent pour le travail, et à quelle fréquence ?Incluez les conducteurs occasionnels. Un tableau poste par poste suffit : fonction, nombre de salariés, fréquence, véhicule utilisé.
- 2Quelles distances, quelles durées et quels horaires de déplacement ?L'INRS demande de relever durées, horaires et trafic. Repérez les trajets de nuit, tôt le matin ou enchaînés après une journée de travail.
- 3Pour quels motifs les salariés se déplacent-ils ?Visites clients, interventions, livraisons, réunions : certains déplacements peuvent être évités ou regroupés (axe « déplacements »).
- 4Quels véhicules sont utilisés, et qui les entretient ?Véhicule de service, véhicule personnel, location : qui vérifie pneumatiques, freins et éclairage, et à quelle fréquence ? (axe « véhicules »)
- 5Existe-t-il une règle sur le téléphone et les systèmes embarqués au volant ?L'INRS recommande un protocole limitant leur usage pendant la conduite (axe « communications »). Écrivez-le et expliquez-le.
- 6Quelles formations les conducteurs ont-ils reçues ?Formation initiale et compléments adaptés (axe « compétences »). Notez les dates, y compris pour les nouveaux arrivants.
- 7Y a-t-il eu des accidents ou des presque-accidents de mission ?L'analyse des accidents passés est l'un des éléments de l'état des lieux de l'INRS. Interrogez les salariés : beaucoup d'incidents ne sont jamais déclarés.
Quel plan d'actions bâtir : les quatre axes de l'INRS
Une fois les déplacements cartographiés, l'INRS organise le plan d'actions autour de quatre axes.
| Axe | Objectif | Exemples concrets |
|---|---|---|
| Déplacements | Anticiper et organiser en amont, éviter les trajets inutiles | Visioconférence quand elle suffit, regroupement des visites, plannings réalistes |
| Véhicules | Choisir des véhicules adaptés, sûrs et bien entretenus | Contrôle périodique, règles d'entretien, véhicule adapté à la mission |
| Communications | Limiter le téléphone et les systèmes embarqués au volant | Protocole écrit, messagerie vocale pendant la conduite |
| Compétences | Former le conducteur, initialement et en complément | Sensibilisation au risque routier, accueil des nouveaux salariés |

L'INRS ajoute que le plan doit traiter les autres risques liés à la conduite, comme les vibrations, le bruit, le stress ou la chaleur. Ce point est précieux pour le document unique : il rattache la route à d'autres lignes déjà présentes (conditions de travail, charge mentale, ambiance thermique).
Voici un exemple illustratif de ligne de document unique, à adapter à votre réalité, pour un technicien de maintenance en tournée : danger « accident de la route en mission », situations exposantes « tournée chez plusieurs clients dans la journée, horaires serrés », mesures « planning intégrant les temps de trajet, véhicule entretenu selon un calendrier, règle sur le téléphone, formation des conducteurs ». La ligne est ensuite suivie dans le temps, comme n'importe quel autre risque.
Intégrer le risque routier au document unique, étape par étape
Relever qui conduit, pour quels motifs, avec quels véhicules, sur quels horaires, en associant les salariés concernés.
Reprendre les accidents de mission, les sinistres de flotte et les récits de presque-accidents.
Ajouter les lignes par unité de travail (R4121-1) et consulter le CSE s'il existe (L4121-3).
Déplacements, véhicules, communications, compétences : une action, un responsable, une échéance.
Contrôler que les règles sont appliquées, mettre à jour après chaque accident ou changement d'organisation.
Pourquoi la formation seule ne suffit-elle pas contre le risque routier ?
Beaucoup d'entreprises répondent au risque routier par une unique journée de sensibilisation. C'est utile, mais cela ne couvre qu'un des quatre axes. Un conducteur parfaitement formé qui doit enchaîner quatre rendez-vous en quatre villes dans une journée reste exposé. À l'inverse, un planning réaliste et une règle claire sur le téléphone protègent même les conducteurs les moins aguerris. Le plan d'actions doit donc d'abord regarder l'organisation, puis seulement les compétences.
Notre formation Sécurité routière en entreprise (une demi-journée) aide les conducteurs à analyser leur comportement, à mieux connaître les limites de leur véhicule et à repérer les facteurs de risque comme la vitesse, la fatigue ou les distracteurs. La formation Sensibilisation au téléphone au volant traite plus précisément l'axe « communications ». Elles se déroulent en intra dans votre entreprise de Bordeaux et de Gironde, ou en inter.
Risque routier et document unique : testez-vous sur 5 cas
Un salarié conduit chaque semaine chez des clients avec son véhicule personnel. Faut-il l'intégrer au risque routier ?
Passer à l'action
Le plus efficace est de partir d'une demi-journée de travail sur vos déplacements : un tableau des conducteurs, des tournées et des véhicules, qui alimente directement le document unique. Contactez-nous pour être accompagné sur l'évaluation, ou pour organiser une sensibilisation de vos conducteurs avec une prise en charge possible selon les critères de votre OPCO.
Sources relues le 22/10/2026
Cet article s'appuie sur les articles L4121-1, L4121-3 et R4121-1 du Code du travail, sur l'article L411-2 du Code de la sécurité sociale et sur deux pages de l'INRS (« Risques routiers, ce qu'il faut retenir » et « Démarche de prévention », mises à jour le 20/04/2023). Aucun chiffre de sinistralité n'est repris : les pages consultées n'en précisent pas l'année. Vérifiez la version en vigueur des textes avant toute décision engageante.
Questions fréquentes
Le risque routier doit-il figurer dans le document unique ?
Oui, pour le risque de mission. L'INRS indique que les risques routiers en mission doivent être évalués puis intégrés au document unique, à partir duquel l'employeur construit un programme d'actions. Le fondement est l'obligation générale de sécurité de l'article L4121-1 et l'inventaire des risques de chaque unité de travail exigé par l'article R4121-1.
Quelle différence entre risque mission et risque trajet ?
Le risque mission est celui de la conduite effectuée pendant le travail, que l'INRS qualifie d'acte de travail. Le risque trajet est celui du déplacement entre le domicile et le lieu de travail. L'INRS souligne que les accidents y sont beaucoup plus nombreux. L'article L411-2 du Code de la sécurité sociale traite l'accident de trajet comme un accident du travail.
Faut-il évaluer le risque routier si les salariés utilisent leur véhicule personnel ?
Oui : ce qui compte est que le déplacement soit effectué pour le travail, pas le propriétaire du véhicule. L'état des lieux demandé par l'INRS porte sur les déplacements (durées, horaires, véhicules, trafic) et sur les salariés exposés, quel que soit le véhicule utilisé.
Quels sont les axes d'un plan d'actions contre le risque routier ?
L'INRS en retient quatre : les déplacements (anticiper, éviter les trajets inutiles), les véhicules (adaptés, sûrs, entretenus), les communications (protocole limitant téléphone et systèmes embarqués au volant) et les compétences (formation initiale et complémentaire du conducteur).
Une formation à la sécurité routière suffit-elle ?
Non. Elle agit sur l'un des quatre axes, les compétences. Si les plannings imposent des trajets trop serrés ou si les véhicules sont mal entretenus, la formation ne corrige pas le risque. Elle prend tout son sens dans un plan d'actions issu du document unique.

